A412
L’A412 est un projet autoroutier d’une longueur de 16,5 km qui a pour objectif de relier Machilly à Thonon-les-Bains dans le but affiché de désenclaver la région du Chablais.
Depuis maintenant plusieurs années, de nombreuses associations, collectivités territoriales et exploitations agricoles se battent contre ce projet dont les impacts sur le territoire seraient dévastateurs, tant d’un point de vue écologique que socio-économique.
La construction de cette autoroute n’est de loin pas la réponse appropriée aux problématiques bien réelles d'augmentation des flux pendulaires et des nuisance liées au trafic dans les bourgs(1). Le recours systématique au transport individuel motorisé, c’est à dire la voiture, n’est évidemment pas une fatalité, mais découle d’une planification orientée du territoire et de décisions politiques.
Zoom sur l’échangeur de Perrignier

Le projet de l’échangeur autoroutier au niveau de la commune de Perrignier condense à lui seul de nombreuses problématiques : expropriations, emprises des travaux, destruction des zones agricoles AOP Reblochon, trafic induit, pollution de l’air et pollution sonore, dégâts sur les forêts, les zones humides et les corridors biologiques.
L’impact qu'aurait l’ouvrage sur le territoire et sur ses habitant·e·x·s serait ravageur. Or, le discours politique favorable à la construction de l’autoroute ainsi que celui des concessionnaires minimise considérablement ce dernier et valorise des réponses techniques anecdotiques, tout en passant sous silence certaines problématiques structurelles.
Travaillant en collaboration avec plusieurs acteur·ices du territoire telles que l’ACPAT, FNE, Mobilité Chablais et Les Soulèvements de la terre – Genève, nous œuvrons à visibiliser les impacts sur le territoire qu’engendrerait la construction de l’A412, ainsi qu’à présenter les alternatives existantes et/ou possibles. Nous visons à outiller plus équitablement le débat sociétal concernant le futur du territoire chablaisien et du Grand-Genève.
La question agricole

La construction de l’autoroute aura un impact significatif sur l’agriculture de la région. Elle provoquera d’abord la perte de plus de 70 ha de surfaces agricoles(2). Elle impactera 33 exploitations et représentera une perte nette de près de 112’500 reblochons AOP selon les calculs de la Confédération paysanne de Haute-Savoie. La question agricole représente donc un enjeu central qui, à lui seul, devrait permettre d’illustrer l’irrationalité du projet de l’autoroute A412 à l’échelle du territoire.
Les parcelles agricoles impactées sont pour la plupart des prairies qui servent à la production laitière, principalement destinée à la production de Reblochon(2). L’aire géographique AOP Reblochon étant limitée, les pertes foncières seront donc irréversibles, et le préjudice financier pour les agriculteur·ices, permanent. Ces pertes sont d’autant plus alarmantes au vu du contexte de grande pression qui pèse sur les exploitations agricoles du périmètre.
En effet, l’agriculture de la région est déjà sous tension ; on compte une baisse significative du nombre d’exploitations(3) ces dernières années. En plus de ça, les parcelles agricoles subissent une pression foncière majeure due à l’urbanisation et au mitage du territoire. Chaque année dans l'agglomération de Thonon, c’est 50 ha de terres agricoles qui sont artificialisées ou qui disparaissent(2). La pression supplémentaire exercée par la construction de l’A412 sur les domaines agricoles de la région pose réellement la question de leur viabilité future.
Pourtant, la planification supérieure est très claire à ce sujet, les territoires agricoles sont indispensables, non seulement pour nourrir la population, mais ils participent également à la régulation des événements climatiques, au stockage du carbone, à la qualité de l’air, à rendre l’eau potable et à offrir aux populations des lieux apaisants et inspirants. Il est par ailleurs nécessaire de reconnecter les terres productives et la population d’un même territoire, à l’heure où la globalisation de l’approvisionnement alimentaire montre toutes ses limites(4).
Ainsi, l’agriculture joue un rôle économique, social, écologique et paysager central dans le territoire. La revitaliser représente un enjeu primordial pour le futur de la région(4). La construction de l’A412 constitue un contresens majeur à l’aménagement d’un territoire résilient, à même de s’adapter aux changements majeurs induits par la crise sociale et écologique.
Les intérêts privés

Cette année, Evian, la marque de la multinationale agroalimentaire Danone célèbre les 200 ans de la source Cachat, dont l’exploitation débuta en 1826.
Le saviez-vous ? Evian ne fabrique pas de l’eau, mais des bouteilles en plastique. Actuellement, c’est environ 1,9 milliard de litres qui sont embouteillés, puis expédiés et vendus dans plus de 140 pays chaque année(5).
Avec la mise en service du projet «Omega » en 2019, l’usine des eaux d’Evian avait pour objectif affiché de diminuer le nombre de ses camions sur les routes du Chablais en favorisant le transport ferroviaire de ses bouteilles. Avant la mise en place du projet, 60% des expéditions se faisaient par voie ferrée (soit 40 wagons par jour) et 40% par camion (représentant entre 110 et 160 camions par jour)(6).
Quels sont les résultats aujourd’hui ? Aucun chiffre précis n’est disponible à ce sujet. Evian affirme qu’environ 90 % de leurs bouteilles sont transportées par train de leurs usines à leurs entrepôts(7). Cependant, selon les dires de l’ACPAT, les objectifs de réduction n’ont jamais été atteints. Bien au contraire, puisque l'association dénombre actuellement jusqu’à 180 camions au départ de l’usine chaque jour (et autant de retours).
L’arrivée de l’A412 risque de représenter un véritable catalyseur, accentuant le report modal du rail à la route. Une solution qui semblerait plus profitable économiquement à la multinationale, toujours selon les dires de l’ACPAT, qui avance que le transport des bouteilles par camion représenterait déjà une part modale bien plus importante que le transport ferroviaire.
Cela, alors que Santé Publique France estime à près de 40 000 par année le nombre de décès attribuables à une exposition aux particules fines. La pollution de l’air ambiant est ainsi un facteur de risque important pour la santé en France puisqu’elle représente 7% de la mortalité totale de la population(8).
Ajoutons à cela le fait qu’Evian produit annuellement l'équivalent de 350'000 tonnes de CO2, soit les rejets cumulés de quelque 25'000 individus(9).
Ironie de l'histoire, l’A412 traverserait la zone de protection rapprochée du captage d’eau d’Anthy. Avec des conséquences encore non mesurées sur l’eau potable locale.


L'ensemble des visuels du collectif Affluent sont réalisés sans recours à une intelligence artificielle.

Sources
1 Rapport des périmètres d'aménagement coordonné d'agglomération pour une vision territoriale transfrontalière 2050
2 Etude préalable agricole de la Chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc de 2025
3 Le nombre d’exploitations a baissé de 40% sur le secteur Thonon Agglomération entre 2010 et 2020 selon l’étude préalable agricole de la Chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc de 2025
4 Rapport de la Vision Territoriale Transfrontalière 2050 du Grand Genève de 2024